Ecrire un roman, ce qui s’apprend.

Ecrire un roman : est-ce inné ou acquis ?

Peut-on apprendre à écrire un roman, comme on apprend à faire un bœuf bourguignon ? L’écriture serait alors une activité comme une autre. On pourrait en apprendre les règles, les appliquer et avec assez d’heures de pratique devenir un expert.

Ou bien est-ce un talent, une inspiration divine, qui relève de muses qui viendraient visiter l’auteur torturé ? On serait alors possédé par des puissances supérieures. Elles nous permettraient, presque malgré nous, de livrer une histoire qui fascinerait les foules.

J’exagère un peu et ces deux exemples sont bien les extrêmes d’un spectre qui regroupe toutes les nuances des réponses possibles à la question : peut-on apprendre à écrire un roman ?

Une question épineuse

C’est une question qui revient souvent dans mes échanges avec les auteurs, mais aussi avec les animateurs d’ateliers d’écriture et les formateurs. Les opinions sont souvent tranchées et les discussions animées.

Je me pose cette question depuis longtemps. D’abord en tant que lectrice : y a-t-il un secret pour m’emporter si loin de ma réalité grâce à quelques mots ? Puis en tant que bêta-lectrice : comment mettre les mots sur ce que je ressens face à un texte pour aider l’auteur à le rendre encore plus captivant ? Et enfin en tant qu’apprentie en écriture, face à une page blanche : comment raconter toutes ces histoires que j’ai dans la tête pour que d’autres les comprennent et les aiment ?

France – Etats-Unis : la ligne de démarcation

On peut facilement constater ces deux extrêmes dans les approches de l’apprentissage de l’écriture entre les pays anglo-saxons et la France.

En France, au cours de notre scolarité, ce qui est au-devant de la scène, c’est l’analyse de texte littéraire, l’apprentissage des courants littéraires, et la langue en elle-même, c’est-à-dire la maîtrise de l’orthographe, de la grammaire et de la syntaxe. Le récit d’imagination existe, mais il reste marginal. Je me souviens de la “situation initiale”, de “l’élément perturbateur”, des “péripéties” et de la “situation finale”, mais pas de grand-chose d’autre en termes de narration.

A l’opposé, dans les pays anglo-saxons, les techniques de la narration sont enseignées dès le primaire, l’objectif étant de connaître des méthodes pour raconter une histoire captivante pour le lecteur. L’accent n’est pas mis seulement sur une écriture soignée qui respecte les règles orthographiques et grammaticales, mais surtout sur le fait d’apprendre à raconter une histoire du début à la fin, en étant cohérent, captivant et en touchant le lecteur. Il existe des Masters de Creative Writing, qui se spécialisent dans la formation des romanciers et des scénaristes. La narration est vue comme un métier qui s’apprend.

Et ça marche ! La preuve : les histoires issues des pays anglo-saxons, en particulier des Etats-Unis, sont bien celles qui prennent la plus grande place dans notre paysage culturel aujourd’hui.

Ecrire un roman : ce qui s’apprend

écrire un roman

J’ai identifié cinq éléments qui, à mon avis, s’apprennent. Je veux dire par là qu’il existe des méthodes et des techniques pour s’améliorier sur ces points en tant qu’auteur. Ce sont aussi des éléments que j’utilise dans me grille d’analyse d’un roman, pour déceler ses points forts et ses potentiels non exploités dans le cadre d’une bêta-lecture.

Créer des personnages

Un personnage peut naître d’une idée apparue d’un coup dans la tête de l’auteur, à partir d’un détail de sa vie quotidienne, d’une rencontre, d’un rêve ou d’une recherche active. Mais que faire de cette idée, comment la travailler ?

On peut apprendre à transformer une idée en personnage touchant, à exploiter notre idée de départ pour que notre personnage devienne complexe, intéressant et multidimensionnel. Il existe des méthodes pour que notre personnage ne soit pas cliché et ne sonne pas faux.

Ce ne sont pas des règles strictes, mais des guides qui nous poussent à nous poser des questions et qui enrichissent notre travail.

Construire un univers narratif

L’univers narratif est le monde dans lequel se passe votre roman. Il peut être complétement imaginaire ou basé sur un environnement réel (une ville, une entreprise, une maison).

Ce qui s’apprend dans la création de l’univers narratif, c’est le lien entre l’univers narratif que vous avez créé dans votre tête et l’intrigue et vos personnages. C’est comment écrire cet univers narratif pour qu’il soit vu par votre lecteur comme vous le voyez dans votre tête, comment l’utiliser pour qu’il apporte quelque chose à l’histoire que vous voulez raconter, et qu’il ne soit pas seulement là, comme un décor vide de sens. 

Bâtir une intrigue

L’intrigue, c’est quand un événement arrive à votre personnage et qu’il doit ensuite faire face à des obstacles jusqu’à atteindre (ou pas) son objectif. Ce sont des événements qui découlent les uns des autres grâce aux actions de vos personnages.

Quand on veut bâtir une intrigue, on peut apprendre les différentes structures qui fonctionnent en fonction du genre que l’on écrit et de l’effet que l’on veut avoir sur le lecteur.

On peut apprendre à gérer les différents niveaux d’intensité pour prendre le lecteur par la main et lui faire vivre une aventure, qui ne soit ni trop lente, au risque qu’il arrête de lire, ni trop intense, au risque que la tension devienne inconfortable.

Maîtriser les outils de la narration

Quand on écrit une scène, on dispose de cinq outils pour transmettre ce qu’il se passe au lecteur : le dialogue, l’action, la description, le monologue intérieur, et les émotions. On peut apprendre comment mieux écrire chacun de ces éléments. On peut s’entraîner à les choisir et les doser avec pertinence pour créer des scènes qui provoquent chez le lecteur l’effet que l’on veut provoquer. Est-ce qu’on veut le faire rire ? Le mettre dans la peau de notre personnage ? Le faire réfléchir ? Est-ce qu’on veut qu’il se creuse la tête pour comprendre ce qu’il se passe vraiment ? Quel est le dosage idéal pour votre scène ?

L’orthographe, la grammaire, la syntaxe et la ponctuation.

Et bien sûr, on peut toujours travailler son orthographe, sa grammaire, sa syntaxe et sa ponctuation. Le but étant de gagner du temps en écrivant, pour avoir les bons réflexes et moins de corrections à faire.

Ecrire un roman : ce qui ne s’apprend pas

Bien sûr, écrire un roman, ce n’est pas aussi facile que faire un gâteau. Même avec des méthodes bien maîtrisés, le résultat peut être inintéressant, voire creux. Ca ne suffit pas ! C’est ça qui est magique quand on veut raconter des histoires : on doit y mettre des centaines d’heures et surtout  beaucoup de qui on est. Et ça, ça ne s’apprend pas. J’ai identifié trois éléments qui ne s’apprennent pas et qui font toute la différence dans vos textes.

Votre perception du monde, vos croyances, votre personnalité

Tout ça transparaît dans les histoires que vous choisissez de raconter. Cela détermine également le message que vous voulez faire passer. Que cela soit conscient ou non, vous décrivez le monde tel que vous le percevez, vous mettez dans vos personnages des traits qui vous appartiennent ou que vous avez identifiés chez vos proches.

Un roman est une bouteille jetée à la mer, qui contient un peu de vous.

Vos expériences

Vos expériences de vie nourrissent votre texte. C’est une ressource inépuisable de détails poignants, de mots doux ou durs, de relations complexes et d’émotions humaines. Cette réserve vous est propre et vous assure que ce que vous écrivez est unique. Cela ne veut pas dire retranscrire de manière exhaustive ce qui vous est arrivé, mais plutôt utiliser des détails et les transformer dans vos histoires. Vous pouvez aussi identifier un thème qui revient dans vos écrits et qui vous touche particulièrement.

Vos connaissances pointues de domaines spécifiques

Ce que vous connaissez déjà grâce à vos études, votre métier, vos passions, votre lieu d’habitation est un atout pour vos romans. La combinaison unique de vos connaissances n’existe nulle part ailleurs !

Bien sûr, on peut faire des recherches sur un sujet particulier qui apparaît dans une de nos histoires. Mais ce dont on est déjà expert a forcément l’air authentique et c’est dommage de s’en priver.

En conclusion

Aujourd’hui, je pense qu’une grande partie du travail de l’écrivain s’apprend. Utiliser les techniques de la narration pour mettre en valeur ce qu’on a à dire et ce que l’on est, c’est ça la clé pour créer des histoires et des personnages uniques, captivants et auxquels de nombreux lecteurs pourront s’identifier.