Astuces narratives : béquilles ou enrichissements ?
Après avoir écrit Point de vue limité : 4 erreurs à éviter, j’ai eu envie de creuser davantage le concept d’astuces narratives.
Cet article se focalise surtout sur les points de vue limités : soit à la première personne, soit à la troisième limitée à un personnage, dans lesquels on a parfois besoin de faire passer des éléments aux lecteurs, que le personnage point de vue ne connait pas. Cela peut être utile pour expliquer le contexte ou pour créer du suspense, par exemple.
Alors, dans cet article, je vais définir le concept d’astuces narratives, puis expliquer pourquoi elles sont utiles, en donnant des exemples et en partageant des conseils que je donne dans mes bêta-lectures sur le sujet.
Si vous voulez en apprendre davantage sur la narration, commencez par cet article sur les outils narratifs.
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1. Définition et utilité
J’appelle « astuce narrative » tout écart au point de vue choisi pour le roman.
Quand on choisit un point de vue, cela fait partie du contrat avec le lecteur. On lui propose d’être immergé dans la tête d’un personnage au « je » ou de flotter autour de lui en ayant accès à ses pensées et ses émotions, à la troisième personne limitée, ou alors on positionne son narrateur comme quelqu’un de neutre, qui sait tout, tout le temps.
Ensuite, tout au long du roman, il faut s’y tenir, au risque de créer de la confusion à la lecture, au mieux (pourquoi est-on d’un coup dans la tête d’un autre personnage ?), ou de provoquer un sentiment de trahison au pire (j’aurais dû avoir accès à cette information, ce n’est pas logique).
Alors, quand on déroge un peu à ce contrat, parce que l’on en a besoin, j’appelle ça une « astuce narrative ».
Dans le cas d’un narrateur omniscient (ce n’est pas le sujet principal de cet article), ce serait inclure des passages en italique au « je » pour aider à l’immersion dans la tête du personnage, par exemple.
Ici, au contraire, on parle plutôt des astuces narratives pour sortir d’un point de vue limité.
Les astuces narratives ne sont pas problématiques en soi. Leurs avantages sont d’enrichir le cadre narratif et de varier la narration, ce qui peut produire une expérience de lecture plus agréable. Leur inconvénient est principalement d’arriver comme un cheveu sur la soupe, juste parce que ça arrange bien l’auteur.
Tout est dans l’équilibre !
2. Exemples d’astuces narratives
📚 L’insertion d’une information sur l’univers narratif, mais que le personnage ne voit pas : un article de journal, un post de réseau social, une description des informations à la télévision, par exemple, entre deux chapitres.
📚 Des épigraphes qui donnent du contexte, en dehors des scènes.
📚 Une bascule exceptionnelle de point de vue, avec par exemple, un chapitre avec un narrateur omniscient qui met en scène un personnage mystérieux.
📚 Dans le cas d’un cadre narratif dans lequel le personnage raconte l’histoire à quelqu’un du futur, alors un retour vers le futur (!) peut permettre de donner des informations avec du recul, que le personnage dans le passé ne sait pas encore.
📚 Une conversation à peine entendue que le personnage ne comprend pas mais que le lecteur comprend.
📚 Un personnage secondaire qui sait, mais qui parle d’une façon peu compréhensible par le personnage principal : dialecte, argot, …
3. Mes conseils pour bien utiliser les astuces narratives
Pour éviter une impression de manque de crédibilité ou de cohérence dans la narration, je donne les conseils suivants :
📚 Privilégier une ou deux astuces et les assumer plutôt que de les accumuler dans l’histoire au fur et à mesure de l’écriture.
📚 Bien les choisir en fonction du genre du roman : des extraits de livres ancestraux correspondront davantage à la Fantasy qu’à la Romance, des articles de journaux correspondront à une histoire déjà bien ancrée dans un lieu et une époque précise, etc…
📚 S’assurer que les astuces soit bien intégrées dans la structure. Par exemple, on peut terminer chaque grande partie par une scène avec un narrateur omniscient, qui montre ce que fait un personnage mystérieux (l’antagoniste ? la prochaine victime ?) au lieu de ne mettre qu’une scène quand c’est pratique.
📚 Penser aux prologues et aux épilogues, dont l’un des critères est justement le changement de point de vue par rapport aux chapitres.
En conclusion,
certains points de vue sont pertinents mais restrictifs.
Si vous êtes coincé, il y a des solutions, les astuces narratives, qui, si elles sont bien utilisées peuvent enrichir votre roman. Le secret est de les assumer et de ne pas laisser les lecteurs voir les ficelles du marionnettiste !
Dès que lecteur a l’impression qu’il s’agit d’une béquille bien pratique, alors la suspension de l’incrédulité tombe à l’eau.


